La France pourrait-elle avoir son premier président l’année prochaine ?



Palais de l’Elysée. Photo : Reuters

Plus de 30 candidats ont déjà annoncé leur candidature, et jamais il n’y a eu autant de femmes. Pour la première fois, les partis les plus établis qui ont façonné le paysage politique français pendant des décennies, les Républicains et les Socialistes, ont choisi des femmes comme candidates, les Républicains pour la première fois. Les socialistes ont décidé il y a des semaines que le maire de Paris tenterait d’entrer à l’Elysée Anne Hidalgoet les républicains ont élu samedi une ancienne ministre des Finances et porte-parole du gouvernement pendant la présidence Nicolas Sarkozy Valérie Pécresse. Ils font également partie des candidats les plus en vue Marine Le Pen, le chef de l’Assemblée nationale d’extrême droite, candidat pour la troisième fois cette fois, et Éric Zemmour, un membre de l’extrême droite, ancien journaliste, dirigeant et écrivain qui soulève la poussière avec ses opinions acerbes anti-immigrés et anti-musulmans.

Et que disent les sondages d’opinion ?

Un sondage Ifop-Fiducial réalisé entre le 23 et le 25 novembre a prédit le meilleur résultat de Macron, avec un quart des personnes interrogées votant pour lui, suivi de Marine Le Pen avec 19 % et de Zemmour avec 14 %. En octobre, alors qu’il n’était pas encore clair s’il se présenterait vraiment à la présidence, certains sondages d’opinion prédisaient que Zemmour se qualifierait même pour le second tour, mais il a perdu son soutien ces dernières semaines. Ses conseillers politiques sont conscients qu’il est à la croisée des chemins et qu’il a besoin d’un coup de pouce s’il veut battre Marine Le Pen, qui s’adresse à la même circonscription.


Valérie Pecresse, la candidate républicaine à la présidentielle, fait face à des mois difficiles.  Photo : EPA
Valérie Pecresse, la candidate républicaine à la présidentielle, fait face à des mois difficiles. Photo : EPA

Un républicain a suivi Xavier-Bertrand avec 13 %, un candidat d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon avec 7,5 %, le candidat vert Yannick Jadot avec sept pour cent et un candidat socialiste Anne Hidalgo avec six. Au moment du scrutin, on ne savait pas encore qui les républicains choisiraient comme candidat à la présidentielle.

Placer Macron, Marine Le Pen et Zemmour en tête des sondages d’opinion est un cauchemar pour les républicains et les socialistes. Les partis qui ont tour à tour dirigé le pays au cours des 50 dernières années se battent désormais plus que pour leur existence même. Depuis la fondation de la Ve République en 1958, il a toujours été président de l’un ou l’autre parti, et cela s’est terminé en 2017 avec la victoire de Macron. Ce qui a été un coup encore plus dur pour les républicains et les socialistes, cependant, c’est que leur candidat n’a même pas atteint le second tour. Et selon les sondages d’opinion, cela se reproduira en avril prochain, car leurs candidats sont loin d’avoir suffisamment de soutien. Parce que la France a un système présidentiel dans lequel le président a le pouvoir clé, les troubles électoraux ont des conséquences beaucoup plus directes que dans les pays à démocratie parlementaire.

Les républicains veulent reconquérir leurs électeurs

Comme il l’a dit avant l’élection républicaine pour la politique étrangère Luc Rouban du Centre national de la recherche scientifique français, il y avait deux défis majeurs sur lesquels les conservateurs ne pouvaient pas s’entendre : le degré de libéralisation économique et la rigueur avec laquelle l’attitude envers les immigrés devait être. Au sein du parti, les cinq candidats occupaient des positions assez différentes. Au final, elle l’a emporté Valérie Pécresse, qui est considérée comme une politicienne de centre-droit alors que son dernier challenger Eric Ciotti connu pour ses opinions pointues sur l’islam et l’immigration. « La droite républicaine est de retour. Elle se battra avec une force implacable. La France ne peut plus attendre », est une politicienne qui se décrit comme « un tiers par Margaret Thatcher, deux tiers par Angela Merkel « dit à la réception de la candidature du parti et promis que la Francerespecté dans le monde« Comme le souligne Foreign Policy, il est paradoxal qu’un parti à une époque où les idées de droite sont aussi répandues que jamais auparavant soit aussi fragile que jamais.

Bien que plus modérée que Ciotti, Valérie Pecresse a promis, entre autres, de diviser par deux le nombre de permis délivrés aux immigrés hors UE et d’interdire aux femmes de se cacher lorsqu’elles accompagnent des enfants lors de sorties scolaires.


Anne Hidalgo, maire de Paris.  Photo : EPA
Anne Hidalgo, maire de Paris. Photo : EPA

La gauche est en crise depuis des années

Le Parti socialiste est dans la même situation. Alors que son dernier président, François Hollande, a obtenu près de 30 % des voix au premier tour des élections en 2012, les sondages d’Anne Hidalgo, maires de Paris de longue date, en prédisent à peine cinq. « Notre objectif est de rénover la gauche pour reconstruire une grande famille politique qui prendra le relais de l’histoire du mouvement socialiste, tout en se concentrant également sur l’environnement », a-t-il déclaré. il a dit Christophe Clergeau, Secrétaire du Parti socialiste pour l’Europe. Le Parti socialiste a perdu jusqu’à 90 % de ses sièges lors des élections législatives de juin 2017, un mois seulement après l’élection présidentielle au cours de laquelle Macron a battu Marine Le Pen, et les conservateurs en ont perdu près de la moitié. Le mauvais résultat des élections a eu des conséquences majeures sur le fonctionnement des partis, qui dépendent pour cela du financement : les socialistes ont dû licencier plus de 100 salariés et céder leurs locaux, ce qui leur a porté un coup dur.

Macron a recueilli les votes de la gauche et de la droite

Selon Foreign Policy, le déclin des partis traditionnels a le plus profité à Macron, dont le premier mandat présidentiel a été marqué par des politiques économiques libérales, ce qui l’a amené à gagner le soutien des conservateurs modérés. Frédéric Sawicki, professeur à la Sorbonne, estime qu’en cas de gain d’un second mandat (officiellement Macron n’a pas encore annoncé qu’il se présenterait pour lui) cela va s’intensifier. « En 2017, il a réussi à casser la gauche, mais pas tout à fait la droite. Maintenant, il pourra le faire aussi. »

Cependant, si Macron remporte un second mandat présidentiel, il aura besoin de toute urgence d’un bon résultat pour son parti aux élections législatives de juin pour faire appliquer sa politique. Le résultat perdant des élections locales de cette année, qui a été remporté par les Républicains avec les Alliés, le prochain parti de Macron, et la République n’a gagné dans aucune des 13 régions, est un road trip très médiocre. Il est également inquiétant pour Macron que de nombreux électeurs soient mécontents de sa politique économique, mais en même temps, il est vrai que la plupart n’estiment pas qu’aucun de ses challengers n’ait de meilleurs plans, selon Reuters. La crise sanitaire due à la pandémie du nouveau coronavirus dure depuis des mois et continuera évidemment d’être non seulement sanitaire mais aussi l’un des principaux enjeux politiques.

Dans le même temps, Macron ne cache pas ses grandes ambitions pour un plus grand cachet de la France sur la scène politique européenne, où, après le départ d’Angela Merkel et l’arrivée d’Olaf Scholz, il serait un élément plus expérimenté de la so- moteur franco-allemand au sein de l’UE.


Emmanuel Macron.  Photo : EPA
Emmanuel Macron. Photo : EPA

Malgré le fait qu’il soit un nouveau venu politique et qu’il n’était pas clair jusqu’à la semaine dernière s’il se présenterait vraiment, Eric Zemmour a ces derniers mois, avec sa rhétorique, dirigé le plus la campagne présidentielle, en particulier les thèmes de cette campagne. Avec des attitudes dures envers les musulmans et les immigrés, il a défié et en quelque sorte forcé les opposants politiques à prendre position sur ces questions. Il n’était pas surprenant qu’il se présente à la présidence, comme ses discours ces derniers mois, alors qu’il s’adressait au public dans le cadre de la présentation de son dernier livre intitulé La France n’a pas encore dit son dernier mot. Beaucoup le comparent à Donald Trumpomqu’il admire ouvertement, et a un fort avantage à s’adresser à une alliance forte avec Cnews, tout comme Fox News a ouvertement favorisé Trump.

Il s’adresse aux électeurs potentiels avec des promesses d’empêcher « à nos enfants et petits-enfants de vivre la barbarie, de fatiguer nos filles et nos fils« Insiste pour ça.nous ne serons pas remplacés », avec la théorie à l’esprit « gros remplacements », selon laquelle la population blanche en France doit être remplacée par des immigrés musulmans. Bien qu’il ait été condamné à plusieurs reprises pour discours de haine et déclarations anti-islamiques et anti-immigrés, il gagne rapidement de plus en plus d’adeptes et de partisans. Avec ses vues, il est en partie dans la base électorale de Marine Le Pen et en partie dans la base républicaine. Mais ces dernières semaines, plusieurs de ses démarches ont suscité de vives critiques, entraînant une baisse du soutien. Tant de gens ont été consternés par ses déclarations devant la salle du Bataclan à l’occasion de l’anniversaire des attentats terroristes et de son déménagement lorsqu’une femme à Marseille, à qui on a montré un majeur, a répondu par le même geste.


Éric Zemmour.  Photo : EPA
Éric Zemmour. Photo : EPA

« Il a beaucoup de caractéristiques de quelqu’un qui provoque la polémique et encore moins les qualités d’un candidat à la présidentielle », a-t-il ajouté. Marine Le Pen a été sévère dans son évaluation de Sud Radio face à son adversaire, accusant Zemmour de ne pas avoir de contact avec la classe ouvrière française et de diviser les électeurs. « Si vous voulez être président, vous devez rassembler les gens. » Hier, lors du premier rassemblement pré-électoral, il a promis aux quelque 15 000 partisans rassemblés qu’il changerait le cours de l’histoire. « Il y a 15 000 Français ici qui défient le politiquement correct, les menaces de l’extrême gauche et la haine des médias » il a dit. « Le défi est grand, si je gagne, ce sera le début de la reconquête du plus beau pays du monde. »

Au même moment, il est à un petit rassemblement à l’autre bout de Paris Jean-Luc Mélenchon mettre au cœur de ses disciples : « Non, la France ce n’est pas que l’extrême droite, la France c’est aussi la sécurité sociale, la santé publique. »

Comme l’Observateur l’a écrit dans un commentaire de novembre, le danger posé par les opinions de Zemmour n’est pas tant électoral dans le sens où il pourrait gagner, mais principalement culturel et idéologique. Ses convictions populistes extrêmes sont en contradiction avec les valeurs sociales dominantes de la même manière que nous l’avons vu dans d’autres pays européens ces dernières années, où l’extrême droite se développe et où les politiciens populistes xénophobes gagnent une voix croissante. Dans le même temps, la montée en puissance de Zemmour et consorts révèle clairement la crise profonde de la gauche politique et intellectuelle, qui ne parvient pas à trouver une réponse efficace à l’extrême droite vocale.

Si le scénario de 2017 prédit par les enquêtes d’opinion actuelles se répète et que Macron et Marine Le Pen accèdent au second tour des élections, une nouvelle victoire d’Emmanuel Macron est attendue au second tour. Il en sera peut-être autrement si Valérie Pécresse parvient à convaincre les électeurs qui annoncent aujourd’hui un vote pour Marine Le Pen ou Eric Zemmour de revoter pour les Républicains. Ensuite, le combat entre Macron et elle sera beaucoup plus serré. La France, qui assurera également la présidence du Conseil de l’UE au premier semestre de l’année prochaine, est donc confrontée à plusieurs mois.

Frédéric Charron

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